Louise Harel et Projet Montréal, la contradiction

C'est tout un cirque pré-électoral qui se joue à Montréal. Depuis que Louise Harel a vilipendé le maire Gérald Tremblay dans les médias, les politiciens montréalais bavent devant elle comme les directeurs généraux de la LNH ont bavé devant Sidney Crosby lors de son arrivée dans les hauts rangs. L'ancienne députée péquiste a d'abord fait une apparition au congrès du parti sans vision: la suite était dès lors écrite.

Gérald Tremblay pouvait commencer à pisser dans ses culottes. Le mois de novembre 2009 signifierait la fin de son règne, alors qu'il aurait affaire à une politicienne d'expérience très appréciée de ses anciens électeurs et bien vue par le reste de la population, n'ayant accumulé aucun scandale qui la suivraient comme un boulet. Son talon d'Achille reste bien évidemment les fusions forcées, mais aguerrie comme elle est ça ne sera pas un problème. Je vous dis ça par expérience... Qui plus est, le bordel solide des défusions devrait lui permettre de détourner l'attention vers un problème plus récent et toujours d'actualité et ainsi enterrer encore plus profondément le maire sortant. Et tant pis pour Benoit Labonté, qui se serait fait laver de toute façon, lui qui n'a pas plus de charisme qu'une boite de sardines.

Tout ceci étant dit, ce qui m'inquiète (parce que tout le reste n'est que politicaillerie qui ne changera rien à rien) est la participation de Projet Montréal à ce cirque. Le 30 mai, avec les autres membres du parti je recevais ce courriel, intitulé «Position de Projet Montréal sur une possible candidature de Louise Harel à la mairie de Montréal» (les passages en gras l'étaient dans le courriel):

Bonjour,

Les gens de votre entourage vous demandent peut-être, à titre de candidat ou de membre de Projet Montréal, ce que vous pensez de la possible candidature de Louise Harel à la Mairie de Montréal. Peut-être vous posez-vous vous-même des questions à ce sujet.

J'aimerais donc vous faire part d’une synthèse des discussions du comité exécutif du parti. Vous pourrez vous en inspirer pour répondre à ceux qui vous poseront des questions.

  1. La candidature de Louise Harel à la Mairie n’est pas souhaitable pour Montréal.
  2. Projet Montréal regroupe une équipe et des militants de tous les horizons qui ont un point en commun : leur détermination à réaliser la relance durable de Montréal. Mme Harel risque de briser cette coalition des forces de changement à Montréal.
  3. Pour bien jauger le potentiel électoral de Mme Harel, il faut prendre en considération que le Parti Québécois n’a plus que 7 sièges sur 26 sur le territoire de la ville de Montréal.
  4. Puisqu’il est inimaginable que Projet Montréal ne présente pas son propre candidat à la mairie, Louise Harel diviserait le vote d’opposition sans avoir de chance réelle de remporter la mairie. En fin d’analyse, si elle se portait candidate, un vote pour Louise Harel serait un vote pour Gérald Tremblay.
  5. La candidature de Mme Harel diviserait inévitablement le vote des souverainistes montréalais, qui seraient forcés de choisir entre leur fidélité au Parti Québécois et une formation purement montréalaise apte à répondre à leurs aspirations au palier municipal. Montréal a besoin d’un maire qui pense Montréal et d’une équipe à l’image de la diversité de sa population.
  6. Seul Projet Montréal a à la fois:
    • un programme complet pour réaliser le vrai changement nécessaire,
    • l'équipe et la maturité qu’il faut pour avoir une chance d’être porté au pouvoir et pour réaliser ce changement.
    1. J’espère que ces réflexions vous seront utiles.

      Richard Bergeron, chef de Projet Montréal

Au-delà de quelques passages ridicules (un vote pour Louise Harel est un vote pour Louise Harel, merde, les élections n'ont rien d'un tous-contre-un!), cette position faisait du sens. Mais en lisant le texte d'Éric Clément, sur Cyberpresse, au sujet de la conférence de Presse de Louise Harel et Benoit Labonté aujourd'hui, je trouve cette mention:

Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, avait également courtisé Mme Harel lui offrant son parti et sa place dans la course à la mairie.

Curieux de savoir si c'est vrai, les journalistes étant ce qu'ils sont, je fais une petite recherche, laquelle me fournit comme premier résultat le communiqué de Projet Montréal sur le sujet.

Richard Bergeron a précisé ce matin l’offre qui a été faite à Mme Louise Harel suite à l’intérêt que cette dernière a démontré à se présenter à la mairie de Montréal. « Le contenu de cette offre est simple : dans l’éventualité ou Mme Harel se présenterait comme indépendante à la mairie et qu’elle endosserait intégralement le programme et les candidats locaux de Projet Montréal, j’appuierais Mme Harel et retirerais ma candidature à la mairie de Montréal », a expliqué Richard Bergeron.

Une position qui fait aussi du sens, si on la lit hors de tout ce contexte. Après tout, si un autre candidat plus fort que toi endosse toutes tes positions, tu ne lui mets pas de bâtons dans les roues! La condition est claire, sans quoi Projet Montréal va de l'avant sans Mme Harel. Le tout même en sachant que Mme Harel ne collaborera pas ainsi. Mais pourquoi ce brusque changement d'idée? Et surtout, pourquoi les membres n'ont pas été avisés plus directement? On reçoit une position par courriel, mais pas sa contradiction, comme si on avait cherché à cacher l'histoire sous l'oreiller. Au-delà du mensonge, disons que cette histoire n'est vraiment pas digne d'un candidat à la mairie qui sait où il s'en va.

J'ignore quelles sont les discussions d'exécutif qui ont mené à ce courriel aux membre. Nul doute qu'il repose sur des raisons idéologiques et politiques qui suivent les positions du parti. Quand la stratégie électorale prend le dessus sur les idées politiques défendues depuis la fondation du parti, ça devient de la pure politicaillerie.

Richard Bergeron dit avoir écrit à Louise Harel pour réparer la gaffe du courriel aux membres, toujours selon Éric Clément. La gaffe n'est clairement pas là. Espérons que ça ne se reproduise pas et que ça ne coulera pas trop Projet Montréal. Richard Bergeron n'est pas un gestionnaire, n'est pas un avocat, n'est pas un comptable, il est urbaniste. Il a une formation qui lui donne une longueur d'avance sur les autres en gestion municipale. Il a les idées pour faire avancer Montréal. À présent, le métier rentre, comme on dit. Ce n'est juste pas le meilleur moment.

Et pendant ce temps, Vision Montréal a un nouveau chef sans que les membres n'aient été consultés à ce sujet. Un gros zéro pour les principes démocratiques, Mme Harel!

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